« Les gens croient que la peinture et l’écriture consistent à reproduire les formes et la ressemblance. Non, le pinceau sert à faire sortir les choses du chaos. » (Zao-Wou-Ki, peintre, 1920-2013)
Territorium est constitué de trois projets picturaux qui débutent en 2020 et s’achèvent en 2025 :
Territorium I le voyage intérieur, 2020,
Territorium II polytropos, 2020/2022,
Territorium III d’un mal entendu à l’entendement, 2025,
Trois cycles de création qui ont pour thématique la frontière, l’identité et la mémoire.
Du latin territorium, territoire, formé de la racine terra, terre.
Du latin confinis, confinement. Maintien d’un être vivant dans un milieu de volume restreint et clos.
Polytropos, du grec poly, nombreux, et Tropos, manière. Qui ère ça et là, aux nombreux détours. Le fait est que les tours et détours ramènent souvent au même point. L’itinéraire mène du multiple vers l’unique.
Memorium, ce qui est destiné à conserver, à perpétuer.
Mnemonic / œuvres. Ensembles qui facilitent les opérations de la mémoire identitaire.
Territorium I le voyage intérieur
« Peindre c’est donner un récit à l’écriture. » (Etel Adnan, peintre, 1925-2021)

Peintures : pigment, liant et glacis sur papier Rives BFK, livres anciens bilingues. Série de livres leporello, 20 x 1400 cm – 2020
Sicile 9 mars/4 juin. Paris 11 mars/11 juin. Un jour, une peinture, un territoire. Peindre un espace pictural, celui de son territoire imaginaire. Un carnet de bord de 64 jours/64 peintures.
Pour accompagner ce début de lecture picturale, sont intégrées, au dos des peintures, les pages Les oiseaux et Les grenouilles d’Aristophane, poète grec. Gli uccelli, édition bilingue grec/italien, 1946. Le rane, édition bilingue grec/italien, 1948. Dans les deux récits, il est question de déplacement, de combat et d’adaptation pour un espace meilleur sur un territoire différent. Une critique satirique des utopies politiques et sociales.
Territorium, le voyage intérieur est constitué d’une série de 10 livres d’artiste, des pièces uniques dont certaines font plus de 1400 cm de longueur. Pigment, liant et glacis sur papier Rives BFK. Au dos des peintures, marouflage des pages d’une série de livres anciens des années 50. Version bilingue italien, latin, grec. Des classiques de la littérature. Sophocle, Homère, Virgile, Aristophane, Dante…





Ces livres d’artiste, sous forme de leporello, sont l’expression d’une volonté d’abolir les frontières imposées par un confinement ou tout autre contrainte. La force et l’acte de peindre permettent de réaliser son voyage intérieur. D’un confinement, d’un espace restreint, se créer son propre espace sans limite, des kilomètres de territoires…
Territorium II polytropos, peu lire ou trop, se posent des passages entre écriture et peinture.
« L’inédit surgit, qu’on le veuille ou non, dans la multiplicité des répétitions. » (Jacques Derrida, philosophe,1930-2044)
Peintures : pigment, liant et glacis et marouflage sur papier Rives BFK. Polyptyque, série de 2 peintures, 240 x 140 cm, 2022/2023 Polyptyque, série de 12 peintures, 59 x 69 cm, 2020/2021
Série de livres leporello, 20 x 1400 cm, 2020/2024





Territorium III, d’un mal entendu à l’entendement ou l’entre-deux d’une mémoire picturale
« Si tu traces une route, attention, tu auras du mal à revenir sur l’étendue. »(Henri Michaux, peintre et écrivain, 1899-1984, Poteaux d’angle, 1978, )
Peinture et installation.
Polyptyque, série de 24 peintures, chacune mesure 100 x 150 cm, pigment, liant et glacis sur papier Rives BFK 2025.

Territorium, d’un mal entendu à l’entendement est constitué d’un ensemble de 24 peintures/pages. La page/peinture est, au recto composée d’une peinture à base de pigment et au verso d’un encollage de suite de feuilles manuscrites d’éditions anciennes en diverses langues. 24 peintures inspirées des classiques et de récits plus contemporains, Giovanni Falcone, Roberto Saviano, Erri de Luca…
Elles se présentent à la verticale et forment, mises ensemble, une immense rotonde, un livre à échelle humaine.

Cet édifice circulaire s’accompagne d’une marée de pensées votives, celles-ci sont des multiples séries d’assemblage d’extraits de peintures, d’écrits manuscrits sous forment de languettes de 22 x 4 cm.


Un ensemble de fragments installés en suspension de 2m de hauteur. Bribes de discussions, de lectures, doutes et silences.
Un rapport particulier à la langue, à l’écoute des paroles. D’où cet ancrage à vouloir fixer le mot pour mieux le capter visuellement. Ces pensées votives sont représentatives de la manière de capter les écoutes. Un temps entre compréhension et signification. Comme si l’écoute et la compréhension n’étaient pas linéaires, tout comme la fragilité d’une pensée.
Des pensées votives comme des notes prises sur le vif. La rotonde avec ces 24 peintures est une mise en page de toutes ces pensées votives, elle synthétise ces pensées fugaces.
Cet édifice circulaire et pictural est une tentative de représenter l’essence et le fondement d’une partie de notre culture et de notre mémoire. Passé et présent. Une mémoire qui converge vers la trace, l’empreinte, la narration, le récit visuel…
Mais il est discontinu, comme une anamnèse. Un retour à la mémoire du passé vécu, oublié ou refoulé. Traquer les signes, les associations, les intuitions, fouiller au plus profond de sa mémoire pour constituer et reconstruire un territoire d’entendement malgré un malentendu.
Qui sommes-nous, face à cette tentative de constituer, à travers et avec les autres, une écoute, une mémoire, une humanité ? Territorium, pose la question, à travers la peinture, de sa propre identité, de sa permanence. Les archives sont à double sens, celui de l’accumulation des vies, des temps.
Une chronologie temporelle avec des identités, des histoires… Mais, in fine, ce qui reste n’est que du papier, parfois avec l’usure du temps, illisible, poussiéreux, particule comme du pigment. L’homme a la même destinée… Devenir poussière.





