L’acte de peindre

Peindre signifie, penser avec son pinceau. Paul Cézanne.

Peindre c’est aussi créer la réalité. Antoni Tapiès.

La démarche artistique et picturale que défend Cécile Donato Soupama est depuis toujours centrée sur la conscience de la complexité et de la diversité de l’autre. Ayant jusqu’à aujourd’hui presque toujours vécu en expatriée, le goût de l’ailleurs et la rencontre avec d’autres horizons, langues et couleurs nourrissent et inspirent son approche artistique.

Son engagement passe par la prise de conscience de l’humain, son rapport à l’autre, son identité, sa difficulté à communiquer.

La pensée de Cécile Donato Soupama passe par son pinceau et se traduit par une peinture abstraite gestuelle, lyrique dont le médium est essentiellement le pigment, cette poussière pauvre, colorée qui sublime toute empreinte. Une technique fatta a mano, un mélange de pigment, eau et liant d’où surgit une réalité tout en onctuosité, substance, matière, mouvement, geste, trace…

Un rapport à la matière, la forme et la texture chromatique, dynamisé par cet unique trait de pinceau cher à Shitao. Un élan gestuel qui se manifeste à travers la matière pigmentaire mais aussi à travers le trait. La trace d’une écriture, d’une graphie, celle d’un mot, d’une phrase, d’une ligne. Un jeu graphique à la mine de plomb où se confrontent l’illisible et le lisible.

Sa démarche picturale s’est exprimée sur la toile et plus récemment sur le papier. Des polyptyques de grands formats qui se nourrissent dans un premier temps d’un mot, d’un texte… Souvent un clin d’œil aux classiques grecs, poètes et philosophes du passé, toujours actuels. Une prédilection pour les racines latines et grecques donc qui font échos à des influences plus contemporaines comme celle d’Henri Michaux, pour ne citer que lui.

L’approche visuelle de Cécile Donato Soupama fonctionne comme une lecture linéaire. La technique du polyptyque permet une suite de peintures comme une suite de pages et donne à lire les soubresauts de la psyché humaine, sociale et politique.

L’Espace des Fréquences (2020-2026)

Fidèle au précepte de Léonard de Vinci qui conçoit le tableau comme une « ouverture au monde », l’œuvre de Cécile Donato Soupama se déploie comme una cosa mentale, une réflexion picturale face aux fluctuations de la complexité humaine. Le parcours de l’artiste entre 2020 et 2026 retrace une évolution qui va de la peinture engagée à une recherche pure sur la matière. L’artiste utilise une approche visuelle particulièrement aiguisée pour capter les bruits, les ondes et les tensions du monde, afin de les traduire sur la toile sous forme de vibrations colorées et de textures denses.

Cette trajectoire se dessine en deux grandes étapes : un premier cycle dédié à la mémoire des hommes et aux territoires, suivi d’une immersion dans une peinture purement physique et sensorielle.

L’Émergence du Politique : Cartographies de l’Exil (2020-2024)

Les premières années de création de l’artiste sont marquées par une attention profonde portée aux drames de l’Histoire et aux crises migratoires en Méditerranée. Les séries fondatrices Anamnèse et Orbis Terrae (2020-2024) fonctionnent comme des cartes visuelles de l’exil. Sur la toile, les récits des déracinés se transforment en grands espaces de peinture épurés et en zones de tension dramatique.

Ce travail s’intensifie avec Dissidentia (2021) et Iteratio (2022), où l’artiste répète des motifs pour marquer le temps et la mémoire. Le tournant visuel s’opère en 2023 avec le triptyque Apofenia, Atlas et Resonantia / Dissonantia. Dans ces œuvres, les histoires factuelles s’effacent pour laisser place à un duel de textures : la résonance et la dissonance deviennent des forces visibles, exprimées par de fortes épaisseurs de pigments colorés.

Le Tournant Physique : Le Cycle des Mutations (2025-2026)

À partir de 2025, le travail de Cécile Donato Soupama quitte le terrain de la géopolitique pour s’intéresser au corps et à la perception des énergies environnementales. L’artiste cherche à ressentir l’espace par des vibrations et des impacts physiques. La série Territorium (2025) transforme la frontière politique en une frontière corporelle. Ce voyage intérieur se prolonge avec Metasoma, une exploration spirituelle du corps en mouvement, puis avec Flux In-Tangible, qui explore l’immatérialité de la peinture à travers des fragments de texte laissés en suspension.

L’aboutissement de ce parcours est atteint avec Metamorphosis (2026), l’ultime série de l’artiste. Ici, la peinture se libère définitivement du besoin de raconter une histoire ou d’expliquer un fait. Les pigments s’organisent de façon totalement libre pour donner naissance à une « trans-matière de la forme ». Les repères géographiques et anatomiques disparaissent : la toile devient le réceptacle vivant d’une énergie universelle et d’une forme pure, en éternelle résonance.

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